Lettre de Napoléon à Toussaint Louverture
Paris, 18 novembre 1801
"Au général Toussaint Louverture"
La paix avec l'Angleterre et toutes les puissances de l'Europe, qui vient d'asseoir la République au premier degré de puissance et de grandeur, met le Gouvernement à même de s'occuper de la colonie de Saint-Domingue. Nous y envoyons le citoyen Leclerc, notre beau- frère, en qualité de capitaine général, comme premier magistrat de la colonie. Il est accompagné de forces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. C'est dans ces circonstances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous prouver, et à la France entière, la sincérité des sentiments que vous avez constamment exprimés dans les différentes lettres que vous nous avez écrites. Nous avons conçu pour vous de l'estime, et nous nous plaisons à reconnaître et à proclamer les grands services que vous avez rendus au peuple français. Si son pavillon flotte sur Saint-Domingue, c'est à vous et aux braves noirs qu'il le doit. Appelé par vos talents et la force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la religion et le culte du Dieu de qui tout émane. La Constitution que vous avez faite, en renfermant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la dignité et à la souveraineté du peuple français, dont Saint-Domingue ne forme qu'une portion.
Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d'ennemis, sans que la métropole puisse ni vous secourir, ni vous alimenter, ont rendu légitimes les articles de cette Constitution qui pourraient ne pas l'être. Mais aujourd'hui que les circonstances sont si heureusement changées, vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de ses plus illustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus, et par les talents et la force de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite contraire serait inconciliable avec l'idée que nous avons conçue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux à le reconnaissance et aux bienfaits de la République, et creuserait sous vos pas un précipice qui, en vous engloutissant, pourrait contribuer au malheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage et dont nous nous verrions avec peine obligé de punir la rébellion.
Nous avons fait connaître à vos enfants et à leur précepteur le sentiments qui nous animaient. Nous vous les renvoyons.
Assistez de vos conseils, de votre influence et de vos talents le capitaine général. Que pouvez-vous désirer ? La liberté des noirs ? Vous savez que, dans tous les pays où nous avons été, nous l'avons donnée aux peuples qui ne l'avaient pas. De la considération, de honneurs, de la fortune ? Ce n'est pas après les services que vous avez rendus, que vous pouvez rendre dans cette circonstance, avec le sentiments particuliers que nous avons pour vous, que vous devez être incertain sur votre considération, votre fortune et les honneur qui vous attendent.
Faites connaître aux peuples de Saint-Domingue que la sollicitude que la France a toujours portée à leur bonheur a été souvent impuissante par les circonstances impérieuses de la guerre; que les homme venus du continent pour l'agiter et alimenter les factions étaient le produit des factions qui, elles-mêmes, déchiraient la patrie; que désormais la paix et la force du Gouvernement assurent leur prospérité et leur liberté.
Dites-leur que, si la liberté est pour eux le premier des biens, ils ne peuvent en jouir qu'avec le titre de citoyen français, et que tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à l'obéissance qu'ils doivent au Gouvernement et au capitaine général qui en est le délégué, serait un crime contre la souveraineté nationale, qui éclipserait leurs services et rendrait Saint-Domingue le théâtre d'une guerre malheureuse où des pères et des enfants s'entr'égorgeraient entre eux.
Et vous, Général, songez que, si vous êtes le premier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance, et qui se soit distingué par sa bravoure et ses talents militaires, vous êtes aussi devant Dieu et nous, le principal responsable de leur conduite.
S'il était des malveillants qui disent aux individus qui ont joué le principal rôle dans les troubles de Saint-Domingue que nous venons pour rechercher ce qu'ils ont fait pendant les guerres d'anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite dans cette dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le passé que pour connaître les traits qui les auraient distingués dans la guerre qu'ils ont soutenue contre les Espagnols et les Anglais, qui ont été nos ennemis.
Comptez sans réserve sur notre estime, et conduisez-vous comme doit le faire un des principaux citoyens de la plus grande nation du monde.
« Si le pavillon français, disait-il, flotte encore sur Saint-Domingue, c'est à vous et à vos braves noirs qu'il le doit ; appelé par vos
talents et la force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, remis en honneur la religion et le culte de Dieu, de qui tout émane ; la constitution que vous avez
faite renferme beaucoup de bonnes choses, mais elle en contient aussi qui sont contraires à la dignité et à la souveraineté du peuple français. »
Il le rassurait ensuite sur la liberté des noirs, l'invitait formellement à reconnaître la mission de Leclerc, et le rendait responsable de
la résistance qu'il opposerait à ses armes.
4 novembre 1801:
Toussaint, après un jugement rapide des hommes responsables du soulèvement, fait fusiller une dizaine de conspirateurs sur les 40
présents.
Parmi les fusillés, son neveu d'adoption: Le général de division "Moïse".
Le reste des conspirateurs sont désarmés et jetés en prison.
https://www.youtube.com/watch?v=ChV9SSfl4LI
Toussaint Louverture qui ne mâchait pas ses mots, voulait-il ou aurait-il provoqué Napoléon?
Certains historiens, ont écrit que Toussaint écrivait à Napoléon en mettant en entête "Le premier des noirs au premier des blancs".
Vrai ou faux?: « Ces mauvais historiens, toujours à la recherche du sensationnel, voulaient réécrire l'histoire pour cacher la vérité ».
28 novembre 1801:
Toussaint se montra très diplomate pour pousser les blancs à adhérer à sa cause. Quant aux noirs, Toussaint leur rappela que la religion
catholique était celle de l'Etat. Il les informa aussi, des devoirs et obligations de la population et de son gouvernement.
Toussaint imposa une tenue sobre et rigoureuse à tout son entourage et réprimait ceux qui dérogeaient à la règle. Toussaint fût le premier à montrer l'exemple en portant un simple uniforme d'officier d'état major. Il ne portera jamais de tenue pompeuse. Quand il se déplaçait, il ne disait jamais où il se rendait. De ce fait, il échappera plusieurs fois à la mort. Trop de personnes jalouses de son statut rêvaient de l'éliminer. Il était soucieux de sa santé, refusant même de boire de l'alcool, parcourant des dizaines de lieux à cheval et dormait très peu.
Une discipline de fer, régnait dans son armée. Les officiers tremblaient en sa présence et même Dessalines le craignait.
Pour Napoléon, Il n'était plus question d'admettre une quelconque tractation avec Toussaint Louverture. Pour lui, la chose était claire, la rébellion était en marche.
Hédouville n'ayant plus rien obtenir, de la part de Toussaint, quitte l'île en direction de la France.
Pour Napoléon, les dés étaient jetés, Il n'était plus question d'évincer Toussaint,
mais de l'éliminer physiquement.
Pour mener à bien cette expédition, Napoléon devait choisir entre deux hommes: Le général François Delaborde et le général Victor Emmanuel Leclerc son beau-frère. Il choisit finalement son beau-frère. Ce choix, pas tout à fait innocent, devait régler une affaire familiale délicate. Des bruits
courent que Napoléon aurait engrossé sa propre belle fille, apprenant du même coup, qu'il n'était donc, pas responsable de la stérilité de Joséphine.
Napoléon donne des instructions à son beau frère, sur les actions qu'il doit mener en Haïti, à savoir: Le rétablissement de l'esclavage à n'importe quel prix, mais aussi, d'exterminer les citoyens noirs qui selon Napoléon, accepteraient difficilement le retour dans les plantations comme esclaves. Cela sous entendait d'éliminer la population noire et les militaires noirs qui avaient déserté.
Pour quelle raison fallait-il en arriver là?
Pour Napoléon, rétablir l'esclavage des hommes a qui on avait donné la liberté, allait provoquer une réaction incontrôlable, voir une
émeute. D'où la nécessité d'envoyer une expédition punitive.
Départ de Brest de l'expédition punitive vers Saint-Domingue.
Décembre 1801:
Sous le commandement de l'amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse, le général Leclerc quitte Brest et rejoint Cap Français
à Saint Domingue. Parmi les passager, les enfants de Toussaint Louverture.
Toussaint, non disposé à renoncer au pouvoir, envoie Christophe Henry accueillir Lebrun, aide camp de Leclerc.
Christophe Henry, est un esclave affranchi originaire de Grenade. Né le 6 octobre 1767 et meurt au château du Sans souci en se tirant
une balle en plein cœur.
Il exercera plusieurs métiers avant de s'engager Dans l'armée.
Après avoir participé à la guerre d'indépendance américaine, Il rejoint la révolte des noirs d'Haïti. Il s'impose comme l'un des chefs du mouvement.
Toussaint le nomme Général de brigade. Christophe participe à la défense de cap Français contre le Général Leclerc. Cette première bataille se soldera par une capitulation de l'armée de
Toussaint.
Toussaint va envoyer son général de division Christophe, au devant de l'aide de camp du général Leclerc pour lui remettre un pli rédigé
en ces termes:
« Qu'eussent-ils cent vaisseaux et cent mille hommes ils n'entreraient point en ville, et que la terre brûlerait avant que l'escadre n'entrât en rade. »
Le débarquement aura quand même lieu et le Cap fut incendié et tous les noirs appelés à l'insurrection.
Début février 1802:
Toussaint, qui se trouvait à ce moment à Ennery à quelques kilomètres de Gonaïves, accueille ses enfants porteurs de la
lettre du premier consul (Bonaparte).
Par la suite Toussaint, dont les forces se réduisaient à trois demi-brigades, (environ 3000 hommes), de l'abandon du général Claivaux et la défaite de
Dessalines, Toussaint, repoussa néanmoins tout accommodement et renvoie ses enfants au Cap.
Quelques jours plus tard, Leclerc tenta une nouvelle approche "diplomatique" qui se soldat par un échec.
Toussaint donna cette fois le choix à ses fils entre lui et la France : l'aîné, Isaac, rejoignit le camp français, le second prit les armes pour son
père.
La bataille va avoir lieu. Les forces de Leclerc bien supérieures à celle de Toussaint, auront très vite le dessus, et va pousser le
Général rebelle à se rendre. De leur côté, Dessalines et Christophe vont capituler. Tousaint, avec l'autorisation de Leclerc se retire sur sa plantation.
On dit aussi, que devant la défaite, des insurgés se suicideront en groupe, préférant mourir que de redevenir esclaves.
Durant cette campagne, une épidémie de fièvre jaune va décimer une bonne partie de l'armée régulière emportant avec elle plus de 20 000 hommes.
27 Mai 1802:
Cette nouvelle situation provoque, de nouvelles agitations et les insurgés se regroupent à nouveau. Prouvant ainsi que Toussaint, n'avait pas baissé les bras.
Ce dernier semble-t-il, aurait caché un trésor.
Le traquenard:
Le Général Brunet invite Toussaint qui était sous ses ordres, au quartier général pour discuter de l'avenir d'Haïti.
Toussaint, sera trahi par la confiance qu'il faisait à Brunet, et sera mis au arrêts.
7 juin 1802:
Toussaint Louverture sera arrêté et transporté à bord de la frégate "La Créole", jusqu'à Cap Français où il déclara:
"En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté des nègres ; il repoussera par les racines, parce qu'elles sont profondes et nombreuses".
12 juillet 1802:
Toussaint et sa famille arrivent à Brest à bord du navire "Le Héro" et transférés à la prison du temple à
Paris.
Liens :